Tribune d'Alexandre Bompard
01/09/2018

Transition alimentaire : le temps des actes

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"La terre offre à l’homme dans l’harmonie des trois règnes un spectacle plein de vie, d’intérêt et de charmes, le seul spectacle au monde dont ses yeux et son cœur ne se lassent jamais."1

Les trois règnes dont le promeneur Rousseau célèbre l’épanouissement – animal, végétal et minéral – sont aujourd’hui incontestablement en péril. Nul besoin d’être scientifique pour en attester, puisque ce phénomène s’impose désormais visuellement. En flammes, craquelée, fondante, asséchée, la terre intensifie ses signaux.
Le règne animal subit une irrémédiable extinction : 32 % des espèces de vertébrés sont en déclin, 80 % des insectes volatiles ont disparu en un siècle. On parle d’une sixième extinction de masse, alors que la surface sur laquelle ces animaux évoluent s’est réduite de plus de trois quarts. Les règnes végétal et minéral sont aussi menacés : 75% des terres du globe sont irrémédiablement dégradées – ce sera 90% d’entre elles d’ici 20502 .

Dans ce contexte, c’est bien l’avenir de la terre et - par voie de conséquence – des hommes qui la peuplent qui est en question. La raréfaction des ressources animales et végétales se double de dérèglements climatiques déstabilisateurs. Et 800 millions d’êtres humains sont aujourd’hui dans une situation de sous-alimentation. En 2050, la population mondiale sera de près de 10 milliards d’habitants. L’effet ciseaux est puissant : moins de ressources pour une population dont la croissance galopante explique aujourd’hui la résurgence de débats malthusiens.

Alors que les Etats peinent à offrir une réponse coordonnée et suffisamment puissante pour assurer la réversibilité de ces inexorables tendances, c’est plus que jamais à la société civile de prendre ses responsabilités et notamment aux entreprises qui contribuent à cet écosystème d’agir à leur échelle pour la protection de la planète.  

Car de la survie des trois règnes dépend notre destin. La transformation de notre modèle alimentaire est assurément au cœur de ce défi. En maîtrisant mieux la chaîne allant de la production à la consommation, pour cesser de gâcher 1,3 milliards de tonnes par an. En repensant notre alimentation, ensuite, pour réduire son impact environnemental et améliorer le bien-être animal. En adaptant le modèle économique, pour que la production redevienne rémunératrice pour ceux qui l’assument. Et en nous protégeant, enfin, des risques pour notre santé.

Ces défis sont ceux de la transition alimentaire. Un mouvement irrépressible qui percute l’ensemble des acquis industriels, commerciaux et sociétaux inhérents à notre alimentation. Brillat-Savarin, prophète du goût des Lumières, ne se trompait pas : la destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent.

Cette vérité nous oblige. Notre responsabilité sociétale est engagée. Pour l’honorer, Carrefour porte de son côté une ambition : celle de devenir le leader mondial de la transition alimentaire pour tous. Notre entreprise, au contact de millions de clients chaque jour partout dans le monde, en a les moyens.

Nous ne sommes pas les seuls à vouloir contribuer, et je me félicite qu’une grande partie de notre secteur se mette désormais en ordre de marche.

Pour notre part, nous agissons chez Carrefour sur plusieurs fronts.

Celui de la traçabilité, socle indispensable pour garantir à nos clients que nous mettons tout en œuvre pour préserver leur santé, en étant les premiers à avoir recours à la blockchain afin de fiabiliser l’ensemble de la chaîne de production et de faciliter les rappels de produits en cas de crises.

Nous améliorons la qualité de nos produits, filière par filière, produit par produit, notamment en supprimant les substances controversées, en développant massivement le bio français, en élargissant nos gammes de produits sains, sans gluten, veggie. Nous lançons d’ailleurs très prochainement un programme mondial sur ces thèmes.  

Car notre engagement ne peut pas être une abstraction, encore moins une posture de communication. Nous ne pouvons vivre ici-bas que du pain des actes, pas de beau langage.
Tout notre secteur est aujourd’hui appelé à la responsabilité, pour une plus juste répartition de la valeur avec les producteurs.

Nous devons sortir de l’ambiguïté, en résolvant l’équation impossible des deux aspirations profondes de nos clients : des prix toujours plus attractifs ; et de l’autre côté, une volonté d’assurer aux agriculteurs une rémunération plus juste. À nous de concilier ces deux exigences, en sortant d’un modèle ou les prix cassés et les promotions folles sont des coûts de canifs pour le monde agricole.

Les Etats généraux de l’alimentation, en repartant des coûts de production, sont une première étape, et la démultiplication des marques producteurs et la transparence accrue sur la chaîne de valeur, à l’image du succès de « C’est qui le Patron », doivent être poursuivies.

Pour influencer le cours du monde, la transition alimentaire ne doit pas être celle d’une élite. La transformation doit toucher toutes les assiettes : nous devons convaincre le plus grand nombre, partout où nous sommes en contact avec nos clients.

Le constat ne serait pas complet s’il ne traitait pas de l’utilisation de nos ressources : nous devons accroître la part des emballages durables, c’est évident. Mais l’enjeu est beaucoup plus grand : c’est celui de concevoir l’après plastique. Pour cette bataille aussi, nous devons agir tous ensemble, PME, producteurs, distributeurs et ONG.

Cette croisade ne se mène pas en solitaire et nous devons inventer de nouvelles formes de collaborations. C’est pourquoi nous annoncerons cette semaine la composition de notre Comité d’orientation alimentaire, qui rassemble des experts indépendants – scientifique, responsable d’ONG, économiste, industriel, producteur ou encore chefs cuisinier, à la croisée de tous ces enjeux. Ils ont pour mission de nous engager à être toujours plus ambitieux, à dépasser l’horizon de temps d’une entreprise.  

Car le temps nous est compté, et Carrefour entend être de ceux qui relèveront le grand défi de notre siècle.


Alexandre Bompard, Président-Directeur Général de Carrefour
 

1  Jean-Jacques Rousseau, Les rêveries du promeneur solitaire, Septième promenade.
2  Atlas mondial de désertification, Commission Européenne, Juin 2018.

 

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